Livres

Livres

Imprimer la fiche
Hesse (Hermann) > Magie du livre. Ecrits sur la littérature

Présentation

Hermann Hesse, Magie du livre. Ecrits sur la littérature, José Corti, 1994.

> Résumé
Les écrits de Hermann Hesse sur la littérature ont été rassemblés par le second fils de l’écrivain, Heiner Hesse, et édités en deux volumes en 1970. Parti à la recherche des articles publiés par son père sur une période qui s’étend de 1900 à sa mort, en 1962, il découvrit dans une soixantaine de journaux et revues plus de 3000 contributions consacrées à la littérature et n’en retint qu’un dixième.
L’image que l’on avait en Allemagne d’un Hermann Hesse solitaire et vivant hors du temps, évitant toute forme de relation avec ses contemporains, va s’en trouver bouleversée. Pendant une soixantaine d’années Hermann Hesse prend une part très active à la vie littéraire de son temps. Exerçant ce qu’il a appelé lui-même une "critique positive" ou une "critique par amour", il observe, recense, éclaire, explique, se donne pour tâche de faire lire, ne s’intéresse qu’à des écrivains et des œuvres dont il peut se sentir, sur le plan spirituel et artistique, solidaire.
L’autre image que ces textes vont détruire est celle d’un "romantique de la troisième génération" qui persisterait à camper sur ses positions, à ignorer les tentatives et les recherches, sur le plan littéraire, les plus audacieuses de son temps. Il n’est pour s’en persuader que de lire l’article que Hermann Hesse consacre à l’Expressionnisme ou l’amusant dialogue platonicien qui traite de la Nouvelle tonalité. Par ailleurs, les choix de l’écrivain font preuve d’une toujours très grande liberté de jugement et d’un éclectisme jamais démenti avec le temps.
On ne peut, en définitive, que s’étonner devant l’extraordinaire activité du lecteur que fut Hermann Hesse ! Il semble avoir tout lu de ce qui s’est publié de littérature allemande ou traduite en allemand pendant plus de soixante ans. Et en dépit de toutes les épreuves rencontrées, de tous les revers essuyés au cours de sa vie d’écrivain, Hermann Hesse n’a jamais perdu sa foi dans le livre et c’est une véritable leçon d’humilité et de courage qu’il donne, dans ces pages, à d’autres lecteurs, tentés comme lui, au détour du chemin, de renoncer : "Nous n’avons pas l’intention de déplorer que le livre ait pratiquement renoncé à ses privilèges d’antan et que, tout récemment, aux yeux des masses, il ait perdu, semble-t-il, à cause du cinéma et de la radio, de sa valeur et de sa force d’attraction. Nous n’avons néanmoins pas à craindre une destruction future, au contraire : avec le temps, plus certains besoins de distraction et besoins d’instruction populaire seront satisfaits grâce à d’autres inventions, plus le livre recouvrera de dignité et d’autorité. Car l’idée que l’écrit et le livre ont des fonctions éternelles supplantera bientôt la griserie du progrès la plus infantile. Il apparaîtra que la formulation par le mot et la transmission de ces formulations par l’écriture, ne sont pas que des auxiliaires importants, mais sont surtout l’unique moyen grâce auquel l’humanité peut accéder à une histoire et à une conscience durable de soi."

> Extrait
Personne ne sait ce que signifie réellement le mot romantique. La langue courante l'applique à d'innombrables domaines : aux livres et à la musique, à la peinture, aux vêtements, aux paysages, aux amitiés et aux relations amoureuses ; tour à tour, elle le réprouve, le reconnaît, le traite par l'ironie. Un paysage romantique est un paysage d'abîmes, d'éboulements rocheux et de ruines, dont la vue tout à la fois vous procure du plaisir et vous oppresse. Une musique romantique est une musique qui se caractérise par plus d'atmosphère que de netteté, plus de douceur que de solidité tectonique, plus de retenue, de choses cachées, c'est une musique aux multiples dissonances en demi-teinte et aux mesures craintives qui, jouées rubato, semblent balayées par un souMe de vent. En fin de compte, I'idée est la même quand on évoque un amour, une existence romantiques : on pense à un phénomène à la fois déraisonnable et enchanteur, un phénomène qui tient de l'étrange aventure jointe à l'influence du hasard, un phénomène qui enthousiasme les jeunes filles et fait que les gens intelligents secouent la tête ; et en tout cas à quelque chose d'élégant et d'attachant. Dans la vie, on qualifie de romantique tout ce qui semble n'avoir ni forme ni loi, tout ce qui ne repose sur aucun fondement identifiable et dont les contours ont la fugacité de la nuée.

> Mon paragraphe préféré

"Mais il arrive parfois que ces beaux poèmes vous deviennent suspects, comme tout ce qui est apprivoisé, adapté, comme les professeurs et les fonctionnaires. et parfois, quand le monde correct vous répugne, vous vous mettez à avoir envie de briser les lampadaires et de mettre le feu au temple ; ces jours-là, les beaux poèmes, y compris les saints classiques, ont un léger goût de censure, de castration, ils sentent trop l’acceptation, la docilité, la prévenance. Vous vous tournez alors vers les mauvais et trouvez qu’ils ne le sont jamais assez. Alors pourquoi lire ? Tout un chacun ne peut-il pas composer lui-même de mauvais poèmes ? Qu’on le fasse et l’on verra que la fabrication de mauvaises poésies rend beaucoup plus heureux encore que la lecture même des plus beaux poèmes qui soient."