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Renard (Jules) > La lanterne sourde

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> L’art de la découpure
« Je défie tout ce qui est beau, vivant et simple de ne pas m'impressionner » note Jules Renard dans son Journal, au premier juin 1905. Il connaît bien les casseurs de pierre, les idiots de village, les servantes de campagne qui accouchent par terre, moins soignées qu'une vache. Il connaît le vrai geste du semeur, il sait la moqueuse ingratitude d'une vigne et « ma foi, c'est une bonne vigne, car malgré les gelées, la grêle qui tue, la pluie qui noie, l'insecte qui ronge, elle rapporte fidèlement (…) des poires sauvages, de petites pêches aigres, des noisettes, des groseilles blanches ou rouges, et même quelques asperges. »
Jules Renard est la brièveté des textes « qui disent ce que de gros volumes ne disent point. » Et les critiques de le déchirer ou de le louer, avec des talents inégaux : « C'est froid, cruel et sûr ». « Vous faites des chefs-d’œuvre sur l'ongle » lui dira Alphonse Daudet. On le raillera en disant qu'il a « un sens entendu de l'effet et toutes sortes d'habiletés. » Puis on s'apercevra que l'écriture de Renard a tout de la technique des pointes sèches, titre qu'il a lui-même donné à un recueil. Willy dit : « C'est du Vallès dégraissé. » Et Léon Daudet : « Il traite la nature par traits précis et légers, à la japonaise » ou encore « Il arrête l'émotion tout court et presque cruellement. »
Dans La Lanterne sourde marche lentement le retraité, le cantonnier d'autrefois qui « ne se déplace jamais plus vite que le soleil. » Ses occupations tiennent en douze lignes : il se promène, il boit sa soupe, il joue avec les flammes du feu puis « la soupe mangée, jusqu'à l'heure du coucher, il fait cuire des crachats. »